Johnny monta dans la voiture, l’air de rien.
A côté de lui, à la place du mort, Cindy était bien vivante, la jupe relevée sur un entre-cuisses prometteur.
Il fit mine ne de pas s’en rendre compte, démarra la Ferrari en souplesse, ajustant ses Ray-ban sur son nez de millionnaire.
“Où allons-nous ?”, demanda-t-elle en allumant une cigarette.
Johnny ne répondit rien. Il la fixa quelques secondes, saisit la cigarette et la jeta par la vitre qui était restée fermée. La cigarette rebondit sur le volant et finit sa chute sur le pantalon en lin du rital flamboyant. En quelques dixièmes de secondes, un trou se forma et Johnny hurla comme un coyote à l’affût. Cindy se mit à rire, portée par un air bête hérité de sa grand-mère écossaise.
“Connasse !”, dit-il, en écrasant l’accélérateur.
Le silence qui suivit fût interminable. Cindy se ralluma une cigarette pour tuer le temps.
Johnny la fixa à nouveau, saisit la tige incandescente et la jeta par la fenêtre qui était toujours fermée. La cigarette finit sa course entre les cuisses de Cindy qui se mit à hurler comme une maman ours à qui on aurait chapardé son saumon de contrebande.
Johnny éclata de rire et réalisa un virage frein à main de grande envergure pour témoigner de sa majestueuse virilité retrouvée. Pour fêter ça, il s’alluma une cigarette.
Cindy restait prostrée, récupérant son string qui avait craqué dans la bataille. Johnny tirait sur le mégot comme un poupon sur le téton, aspiré par une ivresse de vivre soudainement poussée à son paroxysme. En fond musical, un vieux tube de Jeanne Mas résonnait sur la Highway 66.
Autour d’eux, des nuages de sable semblèrent tout à coup former comme une vaste nébuleuse, un décor de ténèbres au milieu de nulle part. Cindy sentit son corps se raidir d’une angoisse insupportable. Johnny la rassura, ralentit. Il coupa le moteur en attendant de comprendre... Le déluge de sable donnait l’impression d’un lavage automatique, comme s’ils étaient coincés sous des brosses agressives et bruyantes, sans espoir d’un pompiste chinois pour les sortir de ce mauvais pas.
Cindy rompit le silence.
“Fais moi l’amour Johnny ! Si notre dernière heure est arrivée, autant partir dans une extase merveilleuse !”
Johnny comprit qu’il y avait un coup à jouer. Il défit sa braguette et commença à escalader le frein à main. Il se cogna la tête contre le plafond et déchira son pantalon sur la pompe d’allumage. Cindy se coupa sur la réplique miniature d’un cheval cabré en plaqué or.
“Je l’avais dit qu’on aurait mieux fait de prendre le 4X4...”
Il ne dit rien, hésitant entre lui casser la gueule ou la pousser hors du véhicule.
“T’as des préservatifs Johnny ?”, poursuivit-elle.
Johnny n’en croyait pas ses oreilles. C’était trop.
“T’es pas un peu conne, salope ? On va crever dans cinq minutes, pris dans une tempête du désert inédite, et toi tu veux que je mette une capote ?”
Elle se mit à pleurer en caressant le frein à main machinalement.
“Mais tu comprends Johnny, je ne supporte pas le contact du pénis. C’est comme ça je n’y peux rien...”
“Rappelle-moi quel est ton job poufiasse ?”, hurla-t-il en cherchant une capote dans la boîte à gants en argent massif.
“Je suis vétérinaire à Réno. Il ne m’arrive que très rarement de me retrouver en contact avec des pénis humains. En tout cas dans le cadre de mes activités professionnelles. C’est très très très rare...”
Johnny déchiqueta la protection en plastique de la dite capote mais constata que tous ces agacements lui avaient coupé la chique.
“T’es pas Cindy la pute ?”, s’inquiéta-il tout de même, par acquis de conscience.
“Bah non !”, dit-elle, d’un air surpris. “Je suis Cindy la vétérinaire...”
A cet instant le nuage de sable disparut et un soleil extraordinaire le remplaça.
Johnny était tout déconfit, mal fagoté dans son pantalon en lin troué, sa capote inutilisée lui glissant entre ses doigts tout gras. Cindy s’alluma une cigarette et repensa au jour où elle avait gagné une peluche géante à la fête foraine de Réno.
...
Désolé je n’ai pas d’autre fin. On m’appelle.