Bon. C’est pas tout ça mais une pause s’impose. Voilà, voilà.
J’imagine que chez vous, au bout d’un moment, ça doit friser l’overdose.
Imaginez moi alors. Entouré depuis 24 heures par tout ce que la jeunesse compte de motivations électorales à tendance “la France d’après”.
Sous le soleil, je participe parfaitement librement et consciemment à cette machine de guerre. Un rouleau compresseur huilé, bien huilé, par des gens comme vous et moi.
D’un côté je me sens un peu déplacé, l’instrument souriant, le comique de service, qu’on ne craint pas vraiment parce que les blogs, vous le savez bien, n’ont une importance que relative. De l’autre, je sens comme une envie de participer. C’est pernicieux. L’énergie, la convivialité, le tutoiement et le pastis, et me voilà guilleret à serrer la main des futurs puissants, et je remercie en plus... Plouf plouf. Qui suis-je ? Où vais-je ? C’est quoi ce cirque ?
Ce n’est pas un cirque. C’est là que tout se joue. Je sens flotter un air de pouvoir, indéfinissable et dangereusement séduisant. Je me retrouve au carrefour de mes limites, plongé dans de subtiles contradictions. Vais-je les laisser longtemps exploiter ma bonne humeur pour accompagner le petit Nicolas vers les sommets ? Au contraire, vais-je, à ma façon, sortir par la grande porte en assassinant mes hôtes, dans une ultime preuve de ma liberté de blogueur indiscipliné ? Arrgghhhh... Détends-toi mon ami, tu te prends le nombril dans des fils invisibles. Le blogueur, à la différence du journaliste, vit l’événement par rapport à ses états d’âme. Je ne cherche pas l’information, je me cherche moi dans l’information. Je ne cherche pas la France d’après, je cherche la note de dans une heure. C’est ça la limite. Ne t’inquiètes pas ami journaliste, fais ton job tranquillement, plongé dans ton micro et tes papiers. Pendant ce temps-là je fume ma clope en me demandant ce que je fous là... Je n’assassinerai pas mes hôtes car ils sont sympathiques, engagés, courtois. Ils bossent pour mon avenir et croient à leur mission. Bien que tout cela ressemble à une version démocratique du Parrain, il y a des gens ici pour qui ce n’est pas une grande farce. Je respecte ça, moi qui ne suis engagé dans rien d’autre que ma petite cellule familiale et mes rêves. Il serait facile de tirer sur cette frénésie sous prétexte qu’elle est grossière. Cette frénésie est pourtant vivifiante pour le cynique, et je me sens léger, tout à coup, à prendre les choses graves avec sérieux. La grande comédie est en place et chaque pion est à sa place. Ils m’ont eu, je me mets à réfléchir, à me demander si, quotidiennement, je ne devrais pas m’engager davantage, pour eux ou pour d’autres (ce n’est pas encore la question) un peu comme lorsqu’on rencontre quelqu’un qui s’occupe des pauvres ou des lépreux... Et puis non, réveil, je sais que demain tout ne sera plus qu’un lointain souvenir et que je retournerai à ma vie tendre et douce, me laissant diriger, comme un mouton, par l’une ou l’autre.
Je suis donc un peu perplexe, à la fois l’outil d’une magnifique organisation, et en même temps l’acteur, ou pas, de mon propre destin. Ce week-end n’aura donc pas été inutile.
Je vous laisse, je voudrais dire à Roseline Bachelot que je la trouve sexy.
