Les blogueurs ne sont pas critiques de cinéma !
Seuls les critiques de cinéma peuvent éventuellement devenir blogueurs. Je dis ça parce que je vais à Cannes faire des bêtises et que j'ai la ferme intention de ne voir AUCUN film. Dans le même ordre d'idée, je suis allé une semaine à Val d'Isère sans skier, et une semaine à l'ïle Maurice sans me baigner. Tout cela se tient, il faudra peut-être que je réalise un travail sur moi-même un de ces jours...
Je dis ça aussi parce qu'une attachée de presse très professionnelle avec qui j'ai été rapidement en contact cette semaine m'a dit que cela ne servait à rien de rencontrer "cet acteur" si je n'avais pas vu "ce film". Ce à quoi, instinctivement, j'ai répondu bravo, belle preuve de professionnalisme. Je le pensais en plus.
Avec le recul, je pense que cette attachée de presse, et moi avec, n'avons pas su identifier et exprimer clairement l'intérêt d'un blogueur dans le processus de promotion d'un film. Le BRUIT.
Un blogueur ça fait du bruit en donnant un autre éclairage. Son et lumière version free-style, sans méthode ni prétention de méthode. Pas les moyens. Pas le besoin. Pas l'intérêt. Et sans doute pas les compétences.
Je ne vais pas aller voir un film de Wong Kar-Wai en essayant de rivaliser avec les tronches des Cahiers du Cinéma, et tous ceux qui font ça depuis des décennies, qui savent comparer, se référer à une oeuvre sans passer par Google, connaissent les bios par coeur et tutoient chacun des grands noms qui moi, me font juste triper comme une fan de Franck Mickael.
Qu'irais-je donc parler de son film à cet acteur ? Quelle question brillante trouverais-je qui ferait de moi le nouveau génie de la question qui sort de l'ordinaire et qu'on n'avait pas entendue depuis Bigitte Bardot en 56 ? Il y aura 5500 journalistes à Cannes cette année, quelle prétention de croire que je peux poser à "cet acteur" une question mastodonte sur "ce film", quand bien même je l'aurais vu.
Pour ma part, ce qui m'intéresse c'est cet acteur. C'est comprendre qui il est. Ce qu'il fait là. Comment il le vit. S'il est heureux. Si l'équipe est sympa. S'il pensait un jour devenir une vedette. S'il croit en ce qu'il dit. S'il rêve d'ailleurs. S'il repense à cette scène, il y a dix ans, quand sa carrière a basculé. S'il est déjà allé aux Marquises. S'il veut que je lui paie un coup et qu'on aille refaire le monde au bout du ponton. Certes, je parle peu du film, mais le film est présent. Parce que pendant ce temps-là, TF1, Canal et Studio en ont fait une émission spéciale. Pas de panique pour le matraquage, il aura bien lieu sans nous.
Alors bien sûr, les vedettes sont surbookées et dans le peu de temps qu'on a, on ne refait pas le monde avec un inconnu. Je vais sûrement me faire jeter avec mes questions à la con, mais au moins j'aurais eu une autre idée du personnage. Et une idée qui, pour moi, aide autant à la promotion du film que de savoir si c'est dur de tourner avec Wong ou si l'ambiance était vraiment géniale sur le plateau.
Message de progrès aux attaché(e)s e presse : les blogueurs ne sont pas critiques de cinéma. Ils apportent un regard différent. C'est ça l'intérêt.
