Hier j'ai emmené mon nain faire du vélo, entre hommes. Chacun avec son casque et son engin. J'ai testé le long de l'hippodrome de Longchamp, avec les pelotons d'abrutis déguisés en Banesto, shootés à la connerie, dopés à la préparation H ! Mon petit garçon, il a 5 ans, ce n’est pas vieux 5 ans. À un moment il a entendu un gros bruit derrière nous. Ce gros bruit, c'était une centaine d'abrutis en file indienne, déguisés en Bernard Hinaut du dimanche, avec les casquettes Festina et les gourdes Cofidis. Des mollets de troll et des moule bites, des montures en graphite carbone titane dernier modèle, parvenus jusqu'ici grâce à une galerie sur le toit de la BX bordeaux. Comme il a eu un peu peur, je lui ai dit de s'arrêter sur le côté, qu'on allait attendre que le troupeau soit passé. Mais le troupeau n'aime pas les amateurs, encore moins les enfants.Le premier du troupeau a gueulé "Restez pas là connards !"... Deux secondes plus tard, un autre gars, chauve, moulé dans son tee-shirt Française des Jeux, a gueulé "Faut pas rester là abrutis !", et un troisième, dans sa foulée "Bravo les connards, quels cons !"... À cet instant de l'histoire, tandis que mon fils effrayé entend se déchaîner la misère humaine, j'ai comme un coup de sang et je décide de me farcir un peloton ! Je pose mon vélo et fait mine d'avancer sur la route, créant un stress dans le banc de thons, des cris, des mouvements brusques et quasiment des chutes, mais non. Pour accompagner mon geste, je gueule à l'intention des 50 qui restaient, "Vous allez tous me faire chier un par un, bande de moule bites drogués ?".
J'ai entendu grommeler en groupe à plus de 50km/h. Les mecs n'allaient pas s'arrêter. Ils m'auraient sans doute au prochain tour. Ou pas. En tout cas j'allais leur donner un sujet de discussion pour quelques centaines de mètres. Enervé comme j'étais, je les aurais butés un par un de toutes façons.
Mon fils ne bouge pas. Il attend les consignes. Je lui dis qu'on va changer de coin et qu'on va aller au bord du lac, loin des abrutis. Je lui explique qu'il y a des gens qui sont très sérieux tout le temps et que, à l'avenir, quand il voit quelqu'un qui a un short Française des Jeux, il se méfie et appelle la Police. Nous avons mis les vélos comme nous pouvions dans la voiture, et trouvé un vrai paradis autour des Lacs. Là où les gens font du sport pour se détendre, en famille, avec leur fils qui est fier comme tout d'aller plus vite que son papa. Il a retrouvé le sourire et a passé un des meilleurs moments de l'année, je le sais. Il m'a quand même dit que j'avais dit des gros mots et que ce n'était pas bien...
Il n'a pas tord tort.