À l'heure où Arte nous fait l'immense plaisir de nous replonger dans la période Summer of love, Woodstock et autre Joe Cockeries, j'ai l'impression nauséabonde de vivre dans un monde de plus en plus rigide, liberticide, inquisiteur, censeur, castrateur, pollué jour après jour par la grande confrérie des donneurs de leçons, des névrosés de la pensée utile, des apôtres du juste savoir qui est le leur. J'étouffe. Je n'ai pas le talent d'un Hervé Resse (descendant légitime de Philippe Muray) pour exprimer mes agacements, mais je cautionne tous les siens, signe et re-signe.
Je ne rentrerai donc pas dans le détail, et je mélange sans doute un peu tout, mais je parle d'impressions, de sensations, comme autant de crans que l'on serre à la ceinture que j'ai autour du cou. Interdit de fumer, de dessiner Mahomet, d'apprécier Tintin au Congo en version originale, de supporter une corrida, de rouler en 4X4, de faire couler un bain, de rire d'une pute ou d’une soumise, de critiquer Delanoë sans passer pour un homophobe, d'être éventuellement libéral, de faire des blagues sur les juifs ou les handicapés, de parler de viol sans avoir été violé, de rire du cancer par respect pour ceux qui en souffrent, de donner sa chance à Bertrand Cantat, de faire des blagues sur le Tsunami, de se moquer des religions, des curés, de se foutre ouvertement de la gueule des intégristes, des terroristes, de ne pas être fan de la burka, de donner une fessée à mon gamin, de critiquer Sainte Ségolène Royal sans passer pour un facho, etc, etc, etc.
Imaginez qu'aujourd'hui il serait sans doute impossible de refaire un Collaroshow (1979) ! Pas de seins nus en prime time mes amis, c'est fini ce temps-là ! Les cow-boys ne fument plus, ils se prennent sous la tente. Le pire c'est que je me relis et je culpabilise. Je me dis que je suis sans doute rétrograde à aimer ce qui est gras, simple, riche, différent, dérangeant, discutable, incorrect, libre, normal ou anormal, je m’en fous. J'ai longtemps pensé que je n'avais pas d'opinion, complexant de ne pas m'engager sur tous les sujets, tel un Cohen-Bendit de comptoir. En fait, c’est juste que, pour moi, tout est possible. Ce que tu dis, l’ami, est possible. Je ne me sens pas apte à en juger.
Je réalise en fait que cette tolérance est anti-politique. Pensant par nature que nous sommes tous égaux et incapables de connaitre la Vérité, il ne me parait pas concevable d'être meilleur qu'un autre. Ma pensée vaut la tienne. Ni plus ni moins. Personne ne peut se prévaloir de Savoir, c'est mon opinion et je la partage. Personne. En matière religieuse, politique, artistique comme en éducation. Ne me dis pas comment élever mon enfant. Ne me dis pas ce qui est beau. Ne me dis pas ce que je dois lire. Ne réécris pas Tintin au Congo au regard de ton malaise. Dessine plutôt autre chose, balance, vas-y !
Ne me fais pas chier avec ton clip sur la corrida et ton appel à l’indignation, parle-moi normalement et ne me prends pas pour un con, Geneviève de Fontenay, toi qui organises des fêtes à la volaille depuis 40 ans. C’est cela, ta légitimité pour abolir le plaisir des autres ? Manque plus que Steevy Boulay et le tableau sera complet.
Je les entends déjà, les donneurs de leçons, me dire que je donne une leçon. Pas du tout l’ami, je n’ai jamais donné de leçon à personne. Je pense que nous ne sommes rien. Juste des singes en col roulé. Que nous jouons au papa et à la maman, à la marchande, à faire les grands. Mais que nous ne sommes que des asticots en sursis. De la poussière d’étoile dans un monde inexpliqué. Que dalle. Dans ce merdier, chacun fait comme il peut pour sortir de la tête de l’eau et respirer. Pas facile. Chacun fait ce qu’il peut avec son cul, ses moyens, ses varices, son éducation, son héritage, sa malchance, ses rencontres. Alors quand dans ce tableau, un humain se croit meilleur qu’un autre et vient m’expliquer ce que je dois penser, dire, lire, voter, manger ou chier, je m’agace. Je donne pas de leçon, je tempère. Je calme mon psoriasis, ça m’évite d’aller m’inscrire bêtement, sur un coup de tête, à des cours de Yoga.
Et oui, je vais très bien, je reviens de vacances. Quand je pense comme ça c’est que ça monte, que je suis mûr pour avancer... P’tain, j’me sens mieux.
Le pays basque est un pays riche en traditions et en art de vivre. Alors, parisiens, restez chez vous. C'est bien là-bas que vous y gagnez votre argent, dépensez le à Paris.
C'est affligeant de lire tous ces commentaires de personnes qui ont certes appréciés (difficile de le voir autrement), mais qui dénaturent notre belle région. Si vous ne comprenez pas le fin mot de mon propos, cela montre bien à quel point vous vous croyez tout permis.
à bon entendeur ..."
Voilà, chers visiteurs, un bel exemple d'intelligence, de tolérance, de savoir-vivre, qui est loin, mais très loin, des Basques que je connais et, si je puis me permettre, dont je suis pour une grande part.C'est ça aussi le web.