J'ai poussé jusqu'à la page 134 ce coup-ci. "Ce grand cadavre à la renverse", c'est exactement ainsi que je me suis senti en refermant le bouquin. Sacré toi BHL. Tu es fait pour le vidéo-blogging ! Branche toi une caméra sur la tête, tournée vers toi, et filme toi en train de penser, poser tes mots, t'aimer, te tripoter le prépuce en pensant à Saint-Augustin. Je l'entends, griffonnant sur la page blanche, Arielle pas loin, déclamer les phrases qui accueillent sa pensée, au demeurant pas si bête, admettons-le. Mais cette propension à s'écouter penser m'a fait rapidement penser à Belmondo dans le Magnifique, une référence. Toc toc, c'est moi, je vais en Yougoslavie, badaboum, coucou, j'suis en Afghanistan. Je suis là, je suis beau, je suis pur, j'admets que bon, mais quand même. Mes grands questionnements sont puissants et l'on peut lire en moi comme sur les tableaux noirs de la rue d'Ulm. Bebel-Henry Lévy me rappelle ces mecs qui se la pétaient en Terminale ou en Hypokhâgne, qui sous prétexte d'avoir fait douze heures de philo se prenaient pour Sartre ou Platon, débattant des heures, à la cafète, sur la notion de liberté ou de déterminisme, le tout en fumant des clopes et se recoiffant la mèche. Je le sais, j'en étais... BHL n'est pas sorti de sa cafète et il essaie toujours d'impressionner les filles avec ses lectures. Je vous ai gardé un petit extrait :
"Je me sens, sur ce point, disciple de Sartre ou de Levinas. Exprimé par Pasolini. Et même, une fois n'est pas coutume, d'accord avec la sagesse grecque qui elle-même, par exception, d'accord avec le dire Biblique (raisins verts des pères, dents agacées des fils...). Je sais, naturellement, à quelle mauvaise extrémité cette sagesse peut aussi conduire. Je suis informé des dégâts qu'elle peut causer (Sartre Justement, Nizan...), et du fait qu'elle n'est, en aucun cas, une garantie de sainteté (indépassable Nietzsche, dans sa typologie du coupable imaginaire...)."
Tu m'étonnes... indépassable Nietzsche. Et Nizan ? Sans parler de Levinas qui tâche !
Name-dropping façon Henri IV, avec le lecteur en otage. C'est beau, ça brille, on sent le gars qui a lu des livres, mais au bout d'un moment ça fait péter. J'ai craqué malgré les bonnes idées que je vous laisserai découvrir si vous avez le courage. Le gars a du coeur et de l'esprit, mais il cache l'un et l'autre sous un tombereau de fioritures romantico-egotiques. Du coup c'est juste un peu... Pfff.
Mais cela, une fois de plus, n'engage que moi...