Juif ou pas juif ?
Hier soir, nous avons pris un pot dans un bar très cool sur Clement Street. Une bonne bande de Franco-Ricains partageant bières et French fries au comptoir. La particularité de ce bar est que, tous les mardi soirs, ils agrémentent la soirée d'un Quizz genre Trivial, qui permet de se marrer, de gagner des coups à boire et de rencontrer des gens en allant gruger les réponses. Ambiance sympa, tous rivés sur nos téléphones à tricher sur Internet tout en chantant des trucs paillards américains incompréhensibles. Parmi les questions toutes plus dures les unes que les autres, l'une d'entre elles a particulièrement frappé les trois Français que nous étions :
"Juif ou pas juif ?"
La règle est simple, je vous donne un nom et vous devez dire si, selon vous, cette personnalité est juive ou non. Etrange sensation je vous l'avoue. Premier nom : "Scarlett Johansson" ! Je dois dire que j'ai ri, tout en hallucinant. Bien sûr, dans un bar bondé de jeunes gens éméchés, tout le monde gueule et triche, et il n'a pas fallu plus de deux secondes pour entendre des "Non Jew !" ou "Jew" fuser de toutes parts, un peu comme la foule des Monty Python gueulant "Witch" (sorcière) dans Sacré Graal...
Une folie.
Impression d'un grand tri indescriptible. D'un alignement de juifs et de non juifs.
Nous nous sommes regardés, les Français, étrangement solidaires d'un sentiment de malaise.
Deuxième nom, troisième nom, semble-t-il des acteurs de la série "That's 70's show"...
J'ai fait part de ma surprise à un ricain que je ne connaissais pas mais avec qui j'avais trinqué quelques minutes plus tôt. Il m'a répondu ceci. "Peut-être parce que vous avez mis les juifs en prison pendant la guerre et que nous les avons libérés...". Il n'a pas dit cela méchamment ; et nous étions dans un bar bondé et bruyant. Pas le temps d'argumenter et la différence de langages demandait d'être concis... Mais je suis resté silencieux, méditant sa réponse sans trop pouvoir l'éprouver vraiment.
Je lui ai alors raconté qu'à l'inverse, quand j'avais proposé à mes collègues de faire une imitation de Barak Obama en me mettant du maquillage noir, ils m'avaient juste tous chaudement recommandé de ne jamais faire ça aux US. Pourquoi ? Parce que l'esclavage est encore dans leur mémoire, parce que le cinéma Hollywoodien du début XXème a souvent représenté les noirs avec du cirage, des grosses lèvres et un accent pourri et que c'est donc juste im-pos-sible d'en rire...
Chacun en regard de son Histoire, autorisé à rire des choses ou pas, nous avons continué à jouer à ce jeu anodin, trinquant de façon pacifique dans l'harmonie la plus agréable, tout en réfléchissant, sans doute, à ces petites différences qui nous façonnent et habitent nos comportements.
