Entre 1986 et 1993, j'ai passé une grande partie de mes journées dans un petit bar nommé... "Le petit bar". A quelques foulées montantes de la Gare de Saint-Cloud, près du Monop', le p'tit bar de la grande époque était tenu par un type un peu bourru qui s'appelait Charles. Mélange de Jean Gabin et de Lino Ventura, il avait le profil et la gouaille de la brute au grand coeur qu'il ne fallait pas chercher trop loin. Le p'tit bar, c'était le rendez-vous des Lycéens, ceux de "Schmitt". Après les cours, nous nous retrouvions là à cacher nos acnés, ajuster nos fringues et fumer nos clopes avec style, préparant les soirées du vendredi et/ou du samedi à venir, ou commentant les regards et les comportements de Carine ou Vanessa. Il fallait s'y voir, dans ce bar de la taille d'un bus, tout en longueur, alterner cafés et demis en taquinant de la jouvencelle... Trônant derrière la devanture, un flipper servait de point d'appui à nos joutes les plus rudimentaires. Ce flipper, c'etait l'Amazon Hunt. La légende des flippers, le flipper fondateur. D'une simplicité remarquable, l'Amazon Hunt n'avait rien de tous ces artifices des flippers d'aujourd'hui, gadgets, froufrous toujours en panne qui gâchent le plaisir, rampes, têtes de monstres surgissant de nulle part, portes qui s'ouvrent et se bloquent, etc. NON. Rien de tout ca. L'Amazon Hunt brillait par son dépouillement. Il fallait descendre toutes les target jaunes latérales, passer dans A, B et C, et alors le specos s'allumait à droite et à gauche. Simple ? Pas tant que ça. Combien de francs, de clopes, de regards et de défis avons-nous depensés, avec mes potes Coco, Stan, Tonio, Laurent, Francois, Tristan, Vincent et les autres... Parfois les filles venaient s'imiscer, gâcher quelques boules en appuyant en même temps sur les deux boutons, laissant un trou béant engloutir leurs rêves de claquage. Sans parler de ces "Tilts" provoqués par la colère d'une extra ball ratée de si peu. Un coup de pied trop porté et Charles nous gueulait dessus en nous invitant à nous calmer vite fait fissa.
J'avais 16 ans, puis 20, puis 24.
Quand j'y repasse aujourd'hui, de temps en temps, j'observe les jeunes de Schmitt, les nouveaux proprio. Il n'y a plus de flipper. Mais toutes les images se superposent et je ressens comme acquis, comme une large part de moi-même, le bonheur de ces années-là.
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