Visitons la maison de John Cleese : le récit (et la vidéo).
Nous sommes arrivés, Whit (le caméraman et monteur), Dean (le co-producteur) et moi, vers 9h00 du matin, devant le "cottage" de John Cleese. J'avais le coeur à 8000. J'allais enfin le rencontrer et me faire pipi dessus...
Son fidèle assistant et ami, Garry, nous a demandés d'attendre dehors et de nous préparer, "John sera prêt dans 20 minutes". C'est ainsi que ça se passe. Les admirateurs, venus pour bosser, préparent leur petit matériel tandis que la star internationale prend son café. John Cleese, pour moi, est une référence. Il a rempli ma vie bien avant les autres, j'avais 14 ans (voir mon texte de Octobre 2005). Mon épiphanie fut la découverte du Holly Grail. Ce jour-là, ma vie a basculé. Me retrouver 25 ans plus tard face à lui, le géant, c'etait un truc de dingue. Et puis pas juste pour lui demander un autographe. Non, pour lui parler, échanger, obtenir des réponses, savoir où il en était et connaitre un peu plus cet homme, passer du temps. Il faisait un soleil de feu sur Santa Barbara, nous étions déjà en nage avant même qu'il arrive. L'idée était de commencer par l'interview, assis, sur sa terrasse, et ensuite de faire le tour de sa maison. En plein divorce, perdant sa chemise (mais pas à la rue, rassurez-vous ;-), John Cleese voulait nous montrer ce que c'était d'être juste un homme comme les autres...
Il est arrivé et je me suis doucement déstressé. La marche stupide, le chevalier sans jambes ni bras, et les centaines d'heures de Flying Circus et Fawlty Tower, tout cela ressurgissait devant moi en une seconde. Il a ouvert ses grands bras, sourit, et balancé un "How are you Cyrille ? Can I call you Frog?". Hehe... Voilà pourquoi on est un Grand, en restant sympa et en personnalisant immédiatement les relations les plus improbables. Garry nous avait dit que la veille, John était d'une humeur de chien à cause de la tournure que prenait le procès, et que ce ne serait pas facile... "Tout ou rien", a-t-il rajouté. J'ai dis au Maître que j'etais tendu comme un string, que je n'étais pas journaliste et que le lui parlerai de comédie, de politique ou de religion, pas des Monty Python. Bien sûr j'aurais rêvé lui poser des questions de fan sur les Monty Python, mais d'autres l'ont fait mille fois avant, et bien mieux que moi. Je décidai donc de parler d'autre chose. Je lui ai demandé s'il était heureux, on a parlé de psychanalyse, de religion, de méditation, de comédie, de ses modèles (il a tout de même pris un thé avec Jacques Tati, ;-)... Il répondit à tout sans hésitation, de plus en plus chaleureux. Il a balancé un peu sur les Monty Python, expliquant que son meilleur ami était Michael Palin, mais que c'etait plus "compliqué" avec Terry Jones et Eric Idle. Je n'ai pas voulu en savoir plus, et je garderai le peu que j'ai entendu pour moi. On ne brise pas ses idoles, même si elles sont complices. Au cours de l'interview, je lui ai demandé ce qu'il pensait de Sarah Palin, ma bête noire (si je puis dire). Vous avez sans doute vu la vidéo, comme plus de 1.140.000 personnes à ce jour. Des petits moments de grâce qui n'arrivent pas souvent... Ce n'était pas le but, mais c'est arrivé.
L'ambiance était vraiment excellente et je crois qu'il m'a bien aimé. Un constat sans doute sans intérêt, et purement égotique flamboyant. Je sais, c'est un professionnel, il a fait cela si souvent. Une star comme lui, c'est comme une bonne gogo danseuse, si elle est douée t'as l'impression que c'est toi qu'elle regarde tout le temps (je dis ça, on m'a raconté ;-)... Nous avons fait un break, il était fatigué. Le temps de faire un rapide debriefing. Les gars m'ont assuré que c'était bien. J'en savais trop rien au juste. J'avais l'impression d'être un peu en retard sur l'action, parfois un peu décalé par rapport aux vannes, sans doute à cause des subtilités linguistiques... Au derushage, j'ai vu que j'avais raté une ou deux bonnes vannes, tant pis.
Il est revenu et nous avons commencé le tour de la maison (video ci-dessous). Une simple promenade dont nous n'attendions rien de plus qu'un bon moment, et c'est que nous avons vécu. Un très bon moment. Mes passages favoris sont la visite de son bureau devenu pour un temps la chambre de sa fille (une bombe atomique). Cela ne se voit pas au montage mais nous sommes bien restés 10 minutes, à analyser chaque tableau, chaque recoin. John (je l'appelle John maintenant, hehe) était d'ailleurs bien souvent mélancolique quand il contemplait les oeuvres aux murs, surtout l'une d'entre elles, realisée par l'artiste le lendemain de la mort de son fils. Il avait les larmes aux yeux, et je me suis dit qu'une fois de plus les clowns étaient tous des êtres sensibles. Beau cliché que je me suis bien entendu garder d'évoquer ;-). Pendant ce temps-là, encore toute endormie sous la couette, sa fille de 23 ans rouspétait, habituée, mais en lançant quasiment à chaque fois d'excellentes tirades : "Tu devrais carrément leur lire l'Odyssée" étant ma préférrée. L'autre passage (court dans la vidéo), est la visite de la cage à chats. Je n'ai pas eu le courage de lui dire que j'étais sympathisant du Comité Contre les Chats. Il y en avaient partout qui me collaient et me léchouillaient sans vergogne. Beuark. Je les carressais du bout des doigts en pensant à Judas et en souriant bêtement.
A la fin dans la cuisine, il m'a pris dans ses bras pour la photo, sympa, inoubliable. Nous avons papoté, "hors caméras", et parlé de son adaptation d'un Poisson nommé Wanda en Comédie Musicale, projet qu'il co-écrit avec sa fille qui dort.
Quand je suis parti de là, j'avais l'impression d'une grosse gueule de bois. Quatre heures avec la légende. Comme si j'avais enfin couché avec un ancien fantasme de jeunesse : content d'être allé au bout, mais désormais le fantasme avait une forme, une odeur, une réalité... Un homme comme les autres.
Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai doucement commencé à réaliser la chance que j'avais eue. Et plus le temps passe, plus je savoure. Inexplicable. Le fantasme reprend le dessus, les images, la raison, les souvenirs... Il redevient peu a peu la légende et j'en oublie presque que tout est arrivé.
Pour ce moment, je m'étais simplement juré de ne pas essayer d'être drôle ou de tenter de l'impressionner. Je l'ai juste laissé faire, tentant de réagir comme il fallait quand il me sollicitait. C'est un homme chaleureux, sympathique et très cultivé, capable de parler des Lémuriens ou de Weston-Super-Mare (sa ville natale) avec passion et cruauté à la fois. Nous nous sommes jurés de nous revoir ;-)
